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Le texte suivant a été écrit en préparation pour une intervention faite dans le cadre des Rendez-Vous du Tout Numérique au sujet de "Convergences télécommunication, informatique et télévision: mythes et réalités" qui a eu lieu au Club de la Presse à Genève le jeudi 6 May 1998.

Il faut savoir questionner l'évident

Je voudrais dire en préambule que je ne fais pas partie de ceux et celles qui souhaiteraient casser les ordinateurs et les réseaux à l'image des Luddites qui ont fracassé les machines à tisser au 19ème siècle. J'utilise largement l'Internet et j'y trouve un outil très puissant et fort approprié à mon travail. Toutefois, face à l'engouement et aux espoirs démesurés que suscitent les technologies de l'information et de la communication, je souhaite rappeler que la priorité de notre société doit rester le bien-être de l'être humain et du monde dans lequel il vit. L'unique passage à ce bien-être, notre "sauveur", ne peut pas être l'Internet, pas plus que cela peut être les biens matériels proposés par la société de consommation. Il faut donc toujours considérer la soi-disant Société d'Information dans un contexte beaucoup plus large.

Quant on parle de problèmes d'accès à la Société d'Information, on parle d'abord des moyens de télécommunications, des ordinateurs et des logiciels ... ensuite, peut-être, parle-t-on de la formation des usagers - surtout d'une formation à la technique. Bien entendu, s'il n'y a pas d'Internet, c'est inutile de parler d'accès. De même que si l'on ne sait pas faire démarrer un ordinateur ou régler sa WebTV, l'on peut oublier l'Internet. Toutefois, cette conception "technique" d'accès amène le néophyte au seuil d'Internet pour le larguer démunie sur le pas-de-porte. La personne qui ne sait pas lire (l'Anglais) ne peut pas convenablement utiliser l'Internet. La personne qui ne maîtrise pas l'écriture ne peut pas pleinement utiliser l'Internet pour s'exprimer. Je dis bien "maîtriser". Je ne parle pas d'écrire un mot au Tonton, mais de pouvoir faire savoir à d'autres ce que l'on pense par écrit et de prendre sa place au dialogue qui s'en suit.

En portant principalement le regard sur les outils, qui eux-mêmes opèrent une fascination puissante, on aperçoit mal que derrière la question d'accès, d'autres questions, qui n'ont rien à faire avec la technologie, se posent sourdement mais de manière insistante. Parmi celles-ci, il y a:
  • l'incapacité de notre système de formation de développer les savoirs qu'il nous faut pour vivre harmonieusement sur cette planète;
  • la difficulté du système démocratique de gérer la société dans toute sa complexité notamment en ce qui concerne les dérives de la science, de la technologie et du système économique;
  • l'incapacité de notre système économique de prendre en compte d'autres valeurs que celles représentées par l'argent.
Ces problèmes fondamentaux trouvent une forte caisse de résonance dans la vie en ligne. Toutefois, l'utilisation des outils d'information et de communication n'est pas à l'origine de ces problèmes et elle n'y apporte pas la solution non plus.

Avant de poser la question d'accès pour tout le monde - qui est donnée comme un préalable par beaucoup d'avocats de la Société d'Information - il faudrait d'abord s'interroger sur pourquoi et dans quelles circonstances il faut "accéder". A en croire ceux qui se battent pour l'accès à tous, il n'y a pas lieu de mettre en question la généralisation de l'utilisation d'Internet. Un ordinateur et un accès pour chacun. Mais est-ce nécessaire, raisonnable voire désirable? On peut toujours fournir des arguments, même convaincants, en faveur d'une utilisation généralisée, mais si l'on tient compte d'une vision plus large, est-ce qu'ils tiennent la route? Prenons l'exemple de la gestion du savoir. La plupart des experts disent que, puisque l'ordinateur peut enregistrer d'énormes masses de données et peut les restituer très rapidement sous la forme que l'on veut, l'ordinateur est l'outil par excellence de la gestion du savoir. Pourtant, il y a des savoirs fort souvent employés pour lesquels l'ordinateur s'avère un piètre outil. Je pense notamment à ce savoir qui dépend du contexte et qui change rapidement, ce savoir tacite que nous employons tous les jours et toute la journée, dans notre travail et dans la vie quotidienne. Comparé à l'homme, l'ordinateur n'est pas du tout efficace pour gérer ce savoir.

Il faut savoir questionner l'évident. La facilité et la rapidité - arguments souvent utilisés en faveur de l'informatique et les réseaux - ne sont pas, par exemple, toujours des qualités. De même, avoir (beaucoup) plus d'informations n'est pas forcément un garant d'une meilleure compréhension ou d'une prise de décision appropriée. C'est en philosophe qu'il faut aborder cette "convergence technologique" si l'on veut faire le mieux de ces outils tout en préservant les valeurs qui font de l'être humain sa grandeur.

Alan McCluskey, Saint-Blaise. Share or comment
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ISSN: 1664-834X Copyright © , Alan McCluskey, info@connected.org
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Created: May 5th, 1999 - Last up-dated: May 5th, 1999